Libre comme l'air de Sara Lövestam ⭐⭐⭐⭐⭐

Une topographie de l'invisible

Sara Lövestam opère une déconstruction salutaire du polar scandinave traditionnel en délaissant les figures hiératiques de la police officielle pour explorer les interstices d’une Suède méconnue. À travers Libre comme l’air, l'autrice nous propose une immersion magistrale dans une Stockholm souterraine, loin des clichés de la carte postale, où la survie quotidienne d'un clandestin iranien devient le théâtre d'une tension dramatique permanente.

L'enquête comme miroir de l'altérité

Le personnage de Kouplan, détective improvisé dont la dignité survit à l'indigence la plus totale sous les ponts de la capitale, incarne une fragilité magnétique qui bouleverse les codes du genre. Ce qui débute comme une banale filature pour adultère se métamorphose, sous l'effet d'une psychologie d'une rare finesse, en un vertigineux miroir de nos propres lâchetés sociales et des mécanismes invisibles qui régissent la marginalité contemporaine.

Une plume entre rigueur et humanité

L’intérêt de l’ouvrage réside dans l’équilibre de la plume de Lövestam, qui se déploie avec précision sans jamais sacrifier l'émotion au misérabilisme. En mêlant les thématiques de l'exil, de la précarité et de la réassignation de soi, ce récit s'affirme comme une étude sociologique déguisée en thriller, offrant au lecteur une quête d'identité où la noirceur du monde finit par révéler la persistance d'une âme.