La maison des rêves de Nora Hamadi ⭐⭐⭐⭐⭐

Dans La Maison des Rêves, Nora Hamadi construit un récit à la fois intime et universel, où le souvenir d’un lieu, un centre culturel qui donnait aux enfants des banlieues le droit de rêver d’opéra et de théâtre, devient le symbole d’une promesse trahie. Son retour à Longjumeau, dix ans après la mort de sa grand-mère, est une plongée sensorielle et mélancolique dans un paysage transformé, où les murs portent encore l’écho des rires et des colères. C’est cette tension entre la mémoire personnelle et l’histoire collective qui fait la force du livre : Nora Hamadi ne se contente pas d’évoquer son parcours, elle exhume les strates d’une histoire française souvent passée sous silence, des migrations familiales aux révoltes de 2005, avec une précision d’archéologue et une sensibilité de poète.

C’est un tissage serré d’anecdotes familiales, d’enquête sociale et de réflexion politique, où chaque personnage rencontré, la grand-mère tissant des liens de solidarité, le voisin devenant militant, incarne une résistance discrète mais tenace. Nora Hamadi évite tout manichéisme : elle décrit avec une égale acuité la chaleur du vivre-ensemble dans les HLM et l’émergence insidieuse du racisme, la vitalité des associations de quartier et les effets délétères des politiques urbaines. Avec son écriture, fluide et imagée, elle restitue la complexité humaine derrière les statistiques, donnant une épaisseur romanesque à des vies trop souvent réduites à des stéréotypes. Le récit devient ainsi une cartographie émotionnelle d’un territoire mal-aimé, où chaque rue, chaque cage d’escalier raconte une lutte pour la dignité.

En redonnant une épaisseur narrative à ces banlieues souvent décrites en termes de crise ou de violence, Nora Hamadi accomplit un travail essentiel de réparation mémorielle. Son livre se referme sur une impression paradoxale, à la fois douloureuse et pleine d’espérance : si la maison des rêves de l’enfance a pu disparaître, l’énergie qu’elle a insufflée, elle, continue de circuler dans les récits de ceux qui, comme l’auteure, refusent l’oubli. Une œuvre nécessaire, donc, qui ouvre une brèche littéraire dans le mur des préjugés.