La malédiction d'Edgar de Marc Dugain ⭐⭐⭐⭐

Dans La malédiction d'Edgar, Marc Dugain ne cherche pas à dénoncer ni à justifier. Il observe. À travers le regard de Clyde Tolson, l'adjoint et compagnon d'Edgar Hoover, il nous fait pénétrer dans les coulisses du pouvoir américain sur près d'un demi-siècle. Le livre suit la carrière de ce directeur du FBI qui, de Roosevelt à Nixon, a tenu entre ses mains les secrets de dix présidents. Mais plutôt que de bâtir un réquisitoire, Marc Dugain préfère montrer comment un homme peut, patiemment, rendre son institution indispensable, au point que personne ne songe plus à s'en passer.

Edgar Hoover surveille les Kennedy, mais il les protège aussi. Il dénonce le communisme avec une obsession maladive, mais refuse d'admettre l'existence d'une mafia structurée. Il incarne l'ordre moral tout en menant une vie personnelle qu'il doit constamment dissimuler. Marc Dugain ne juge pas ces contradictions, il les expose, les laissant produire leur propre sens. L'assassinat de John Kennedy devient ainsi moins un mystère à résoudre qu'un événement presque inévitable, dans un monde où tant d'intérêts s'entrecroisent et s'opposent dans l'ombre.


Mais le livre doit beaucoup à son narrateur. Clyde Tolson regarde Edgar Hoover vieillir, perdre pied, s'enfoncer dans ses obsessions. Cette proximité donne au récit une tonalité étrange, entre admiration et lucidité, fidélité et désillusion. On y devine l'histoire d'un homme qui a consacré sa vie à un autre, et qui assiste, impuissant, à sa lente dégradation. Par ce choix discret mais efficace, Marc Dugain rappelle que le pouvoir n'est jamais qu'une affaire d'hommes, avec leurs forces, leurs faiblesses, et cette part d'ombre que le temps finit toujours par révéler.