La mort malgré lui d'Armelle Hérisson ⭐⭐⭐⭐


Armelle Hérisson compose, avec La mort malgré lui, un roman qui refuse les catégories trop étroites. L’intrigue se déploie sur deux rives : la Hongrie rurale des années quarante, où Vilmos, jeune paysan, est enrôlé de force dans la Waffen-SS, et la France de 1987, où le meurtre d’une journaliste à Laval conduit un jeune policier prénommé Thomas à exhumer les strates d’un passé que l’on croyait enfoui. L’autrice entremêle ces temporalités sans artifice, faisant de l’enquête criminelle le révélateur d’une mémoire collective douloureuse. Le polar devient alors prétexte à une méditation plus large sur la transmission des traumatismes et sur cette vérité banale et terrible : les morts, surtout ceux que l’Histoire a mal enterrés, finissent toujours par revenir.
La force du livre tient à sa galerie de personnages, dessinés avec une retenue qui les rend plus présents. Vilmos incarne cette figure complexe du « malgré-nous », ni bourreau ni victime pure, mais homme pris dans l’engrenage, habité ensuite par une culpabilité sourde que l’affection de son fils adoptif ne peut dissoudre. Thomas, le policier, doit apprendre à vivre avec l’idée que ceux qu’on aime portent en eux des parts d’ombre qu’on n’atteindra jamais. Et puis il y a les femmes, journalistes, chercheuses, épouses, qui, discrètement, mènent le combat de la mémoire là où les hommes trébuchent ou se taisent. Armelle Hérisson leur confie le soin de faire avancer l’enquête, mais aussi de tisser les liens qui permettent à l’histoire de se dire enfin.
Ce qui frappe, dans cette prose mesurée et fluide, c’est l’absence de manichéisme. L’autrice ne juge pas, elle expose les zones grises, les loyautés contradictoires, la fragilité des témoignages. Le roman interroge moins la culpabilité que la possibilité même de juger, des décennies plus tard, des actes commis sous la contrainte. La résolution de l’affaire, obtenue par un travail collectif et patient, ne restaure pas un ordre idéal : elle permet seulement que la lumière soit faite, que quelques vérités soient dites. La mort malgré lui remplit la fonction première de la littérature : non pas apporter des réponses définitives, mais éclairer, sans emphase, les recoins où se cachent nos parts d’humanité les plus troubles.


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© Frédéric TDR - 2025
Je suis un lecteur insatiable, aimant passer du roman classique ou contemporain, de la S.F. aux thrillers modernes, feuilletant autant les essais que les bandes dessinées. Cette curiosité sans frontières me permet d’explorer des mondes très différents et chaque page, qu’elle soit légère ou profonde, a quelque chose à m’offrir.
Mes notes en étoiles :
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ : Culte.
⭐️⭐️⭐️⭐️ : Coup de cœur.
⭐️⭐️⭐️ : Un bon moment de lecture.
⭐️⭐️ : Déception.
⭐️ : À éviter.
