L'ascenseur de Jacques Expert ⭐⭐⭐

L’histoire s’ouvre sur une disparition d’enfant dans un immeuble HLM, presque un huis clos vertical. Victor, garçon de sept ans, s’évapore entre deux étages, et l’ascenseur devient le symbole muet de ce qui ne fonctionne plus : la protection familiale, la confiance entre voisins, la capacité même d’une enquête à suivre une ligne droite. L’autrice installe d’emblée un cadre réaliste, presque documentaire, où chaque habitant, de la famille Pelletier aux Roselli, mère et fils englués dans un syndrome de Diogène, apporte sa pierre à un mur de mensonges et de non-dits. La commissaire Jeanne Péroni, que l’on devine fragilisée par un drame personnel, dirige les opérations avec une lassitude professionnelle qui évite tout héroïsme. Ce parti pris de banalité tragique fait la force du roman : l’horreur naît moins d’un monstre identifiable que d’une accumulation de petits secrets ordinaires.

Les soupçons se déplacent de Martin Roselli, amateur d’images pédopornographiques, à l’instituteur Rial, puis au coach de foot, sans que jamais la tension ne retombe. Les gardes à vue, les rétractations, le suicide d’un suspect en cellule, chaque rebondissement creuse la psychologie des personnages plutôt qu’il ne sert un simple effet de suspense. La démission de la capitaine Pauline, qui poursuit son enquête en marge, introduit une dissonance précieuse : elle incarne une foi têtue dans l’investigation de terrain, face à Jeanne Péroni que l’affaire dévore de l’intérieur. Ce duo féminin, où l’amitié professionnelle vacille, donne au roman sa colonne vertébrale morale. Les thèmes de la culpabilité parentale et de la manipulation affective sont traités avec une précision clinique qui fait froid dans le dos.

Lorsque Victor est retrouvé sain et sauf à la ferme du compagnon de Jeanne, la vérité éclate : sa propre mère, Sylvia, aidée d’une amie et du coach de foot, a organisé l’enlèvement. L’intérêt du roman ne réside pas dans ce dénouement, mais dans ce qu’il produit chez les enquêteurs. Jeanne, internée pour troubles mentaux, achève son parcours en dégradation silencieuse ; Pauline, promue commissaire, hérite d’un poste conquis par l’effondrement de l’autre. La famille recomposée se rétablit, mais la plaie reste ouverte du côté de ceux qui ont cherché la vérité. Ce décalage final, l’enfant vivant, la justice bafouée, la policière brisée, donne au roman sa tonalité juste, ni cynique ni optimiste. On referme L’Ascenseur avec l’impression d’avoir assisté moins à une résolution qu’à une bascule silencieuse des rôles, où la mécanique sociale, impitoyable, continue de tourner.


Pour me contacter

© Frédéric TDR - 2025

Je suis un lecteur insatiable, aimant passer du roman classique ou contemporain, de la S.F. aux thrillers modernes, feuilletant autant les essais que les bandes dessinées. Cette curiosité sans frontières me permet d’explorer des mondes très différents et chaque page, qu’elle soit légère ou profonde, a quelque chose à m’offrir.

Mes notes en étoiles :
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ : Culte.
⭐️⭐️⭐️⭐️ : Coup de cœur.
⭐️⭐️⭐️ : Un bon moment de lecture.
⭐️⭐️ : Déception.
⭐️ : À éviter.

À propos