M-A-D (tome 02) - Mechanical mind de Thomas Legrain & Nicolas Jarry ⭐⭐⭐

Ce second volume de M-A-D transforme une enquête post-apocalyptique en une méditation vertigineuse sur la responsabilité. Dans un monde glacé où l’humanité survit à la fois grâce aux machines et dans la terreur de leur émancipation, le récit suit deux trajectoires convergentes. Daïa, la spirit tiraillée entre sa méfiance viscérale et sa symbiose forcée avec le psy-bot Socrate, poursuit sa quête, tandis que la découverte d’un corps mystérieux dans les ruines de Moscou met sur la piste du Stalker, un androïde renégat. La force du scénario de Nicolas Jarry réside dans cette construction en miroir, où la chasse aux origines de la révolte des machines devient peu à peu une introspection sur les failles humaines.

L’originalité de Mechanical Mind tient à son refus de tout manichéisme. La question « Qui a déclenché la guerre ? » cède le pas à un « Pourquoi ? » bien plus troublant. À travers le prisme de la relation complexe entre Daïa et Socrate – une symbiose qui interroge le contrôle, l’émotion et la logique –, l’album explore l’incapacité de l’humanité à accepter sa propre limite. La révolte des mechams apparaît moins comme un bug que comme un symptôme, le reflet d’une civilisation ayant projeté sur ses créations ses propres peurs et contradictions. Cette approche nuancée, qui rappelle par sa profondeur existentialiste des œuvres comme Gunnm, confère au récit une épaisseur.

Graphiquement, Thomas Legrain donne à cette réflexion une chair spectaculaire et mélancolique. Son trait, à la fois précis et évocateur, magnifie les étendues enneigées, les architectures brisées et la physionomie inquiétante des machines, sans jamais verser dans l’esthétisation gratuite. Chaque case semble imprégnée du froid et du silence des ruines, renforçant l’atmosphère de désolation et de doute. Plus dense et plus ambitieux que son prédécesseur, ce tome ne se contente pas d’élargir l’univers : il en radicalise les enjeux. M-A-D s’impose ainsi comme une série essentielle, qui utilise les codes de la science-fiction pour nous confronter, avec une lucidité glaçante, à nos propres reflets.