Sintonia d’Audrey Pleynet ⭐⭐⭐⭐

Un monde qui est un personnage : Venise en 2354

Sintonia nous projette dans une Venise devenue cité-tige aérienne en 2354, une création architecturale et sociale aussi fascinante que terrifiante. Les canaux sont désormais des voies d'air, le pouvoir est détenu par des guildes maîtrisant les nanotechnologies, et l'Europe n'est plus qu'un puzzle de cités-états aux destins divergents. Cette Venise, survoltée et politique, n'est pas un simple décor mais un personnage à part entière, dont la logique implacable rappelle la Ciudalia de Jaworski.

Au-delà de la vengeance : le déterminisme en question

Le récit s'ouvre sur le massacre sanglant de la guilde Sintonia, dispersant quatre sœurs, tueuses professionnelles liées par un lien mental rompu, le Diapason. Si la prémisse pourrait évoquer une saga de vengeance, Audrey Pleynet transcende ce ressort narratif pour tisser une réflexion bien plus subtile et profonde sur le déterminisme. Chaque sœur – Talia, Azzura, Agnese et Reyna – emprunte un chemin singulier, fruit de contraintes sociales, familiales ou de choix personnels. 

Une maîtrise narrative au service d'une fresque envoûtante

Audrey Pleynet, déjà couronnée pour ses novellas, confirme ici son talent en déployant une maîtrise narrative remarquable. L'univers est distillé avec naturel et entremêle avec brio intrigues politiques, questionnements technologiques et drames intimes, pour culminer dans un final aux révélations surprenantes. Sintonia est une fresque adulte, intelligente et envoûtante, qui marque l'entrée en puissance d'une autrice à suivre dans le paysage littéraire.