Submersion de Marc Dugain ⭐⭐⭐⭐


Ce roman se présente comme une chronique présidentielle française, écrite à la première personne, où la fonction ne protège pas de la fragilité. Le récit s’ouvre sur un tsunami dévastateur à Cannes, catastrophe naturelle qui, très vite, devient le révélateur d’autres submersions, plus politiques celles-là : celle d’une démocratie rongée par les oligarchies, celle d’un homme tiraillé entre ses idéaux et les compromis du pouvoir, celle d’un couple brisé par le deuil d’un enfant. L’auteur entremêle les échelles, du drame intime aux manœuvres géopolitiques entre la France, la Russie et les États-Unis, des assassinats ciblés aux conférences sur le transhumanisme. Le président y affronte un magnat pétrolier, des services secrets hostiles, un référendum perdu de justesse, et surtout sa propre solitude, rendue plus aiguë par la mort de sa fille. Aucun temps mort, chaque crise personnelle répond à une crise d’État, comme si l’auteur voulait démontrer que la politique moderne ne se joue plus dans les hémicycles mais dans les interstices entre espionnage, technologie et résilience individuelle.
Le président, qui se définit comme « ni gauche ni droite », tente de restaurer le lien avec le peuple par un référendum qui échoue — et cet échec, finement analysé, illustre la difficulté quasi impossible de réformer des institutions captées par des intérêts privés. La figure de Lebon, milliardaire des énergies fossiles manipulant les médias, et celle de son fils Kasper, représentent deux générations du capitalisme prédateur. Mais l’auteur ne cède jamais au manichéisme : le président lui-même a débuté dans le numérique, et ses relations avec les géants de la tech restent ambiguës. La force du livre tient aussi à sa projection dystopique mesurée : le projet « Tomorrow’s World », où l’intelligence artificielle et le contrôle génétique menacent l’humanité, n’est pas une anticipation lointaine mais le prolongement logique de dérives déjà visibles. Les personnages secondaires, Ida, mère porteuse de l’enfant disparu, les conseillers corrompus, les agents de la DGSE, possèdent une épaisseur qui évite le simple archétype, et le président lui-même, loin du héros, apparaît comme un homme las, sincère jusque dans ses contradictions.
Le style, fluide et précis, ne cherche ni l’emphase ni la compassion facile. La scène où le président prend la place des otages pour sauver la démocratie — scène qui aurait pu tourner au mélodrame — reste sobre, presque clinique, comme si l’auteur voulait signifier que l’héroïsme, en politique, n’est souvent qu’une mise en scène acceptée. Le roman expose avec lucidité une vérité dérangeante : nos démocraties sombrent moins par des coups d’éclat que par une lente érosion, et ceux qui tentent d’endiguer la montée des eaux le font souvent seuls, sans autre arme que leur conscience. Une lecture exigeante, qui n’offre pas de réconfort mais un diagnostic clair.


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© Frédéric TDR - 2025
Je suis un lecteur insatiable, aimant passer du roman classique ou contemporain, de la S.F. aux thrillers modernes, feuilletant autant les essais que les bandes dessinées. Cette curiosité sans frontières me permet d’explorer des mondes très différents et chaque page, qu’elle soit légère ou profonde, a quelque chose à m’offrir.
Mes notes en étoiles :
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ : Culte.
⭐️⭐️⭐️⭐️ : Coup de cœur.
⭐️⭐️⭐️ : Un bon moment de lecture.
⭐️⭐️ : Déception.
⭐️ : À éviter.
